
Les défis de 2026
J’ai la chance d’être né dans un pays riche, d’avoir pu suivre une scolarité formatrice, d’avoir vécu une enfance joyeuse, de vivre une vie d’adulte incroyable mêlant confort, amour, amitiés, voyages, découvertes, passions.
Fils d’ouvrier, je n’ai pas grandi dans l’opulence, les réveils étaient froids à l’intérieur de la maison en hiver, l’avion n’existait pas plus que l’hôtel, ni même le restaurant.
J’ai vu arriver et pu profiter de tous les progrès technologiques qui aujourd’hui semblent être devenus des outils, des objets, un mode de vie du quotidien : le « progrès ». Ma vie est confortable.
A 61 ans, je peux dire que je n’ai jamais manqué de rien, que ma vie m’a mené au-delà de mes rêves d’enfant.
Quand je regarde autour de moi, je me rends compte de ma chance.
Quand je regarde autour de moi je vois tant de belles choses, de belles personnes, de belles relations, de beaux projets…..et une planète dans un état de détérioration terrifiant, et un vivre ensemble qui se dégrade.
Malgré une prise de conscience déjà bien lointaine, d’années de militantisme, de lectures, d’attention au monde je suis toujours aussi surpris quand je me pose, pour prendre un peu de recul, pour faire un constat de la situation. Je suis surpris de voir à quel point la situation est dégradée, à quel point les défis qui nous attendent sont nombreux, et à quel point nous devons faire face à des forces destructrices, visibles ou masquées.
Les défis qui nous attendent sont nombreux. Nombre de ces défis sont liés à notre situation personnelle, familiale, à l’endroit où nous vivons, à nos ressources, à notre santé, à notre famille, aux crises qui nous entourent et nous touchent.
Mais deux défis nous sont communs : prendre soin de la Terre, source de toute vie, et prendre soin les uns des autres.
Notre air est pollué.
L’ampleur des pollutions de l’air, sous forme de gaz, de particules fines, est considérable bien qu’invisible : la pollution de l’air tue au moins 7 à 8 millions de personnes par an, affecte de manière irréversible les forêts, les cultures qui nous nourrissent, les animaux domestiques ou sauvages qui nous entourent.
Nos océans sont pollués.
La pollution physique de l’eau est hallucinante. Par ordre d’importance on retrouve dans l’eau : les mégots de cigarette jetés sur le sol : 30 milliards par an en France uniquement, qui finiront en mer, tuant toutes les espèces qui les ingurgitent en les confondant avec de la nourriture. Puis les emballages alimentaires, les bouteilles plastique, les sacs plastique, les capsules de bouteille, les couverts en plastique, les pailles en plastique qui font tellement rire les inconscients, les bouteilles en verre, les canettes de boissons et les sacs en papier.
La pollution chimique de l’eau, d’origine humaine, est bien connue : les pesticides, les herbicides, les engrais, les détergents, le pétrole, les produits chimiques industriels et les eaux usées. De nombreux polluants océaniques sont rejetés dans l’environnement loin en amont des côtes, rendant difficile leur détection. Les engrais riches en nutriments appliqués aux terres agricoles, par exemple, se retrouvent souvent dans les cours d’eau locaux et sont finalement déposés dans les estuaires et les baies. Ces nutriments en excès déclenchent des efflorescences massives d’algues qui privent l’eau d’oxygène, laissant des zones mortes où peu d’organismes marins peuvent vivre. Certains polluants chimiques s’immiscent dans les réseaux alimentaires, comme le DDT, tuant de nombreuses espèces sauvages.
Les scientifiques commencent à mieux comprendre comment des polluants spécifiques, lessivés dans l’océan à partir d’autres matériaux, affectent la faune marine. Le PFAS, un produit chimique incorporé dans de nombreux produits ménagers, s’accumule dans le sang des humains et des mammifères marins. 86 % des tortues marines, 44 % des oiseaux et 43 % des mammifères marins en ingèrent d’après l’ONU. Nous savons désormais qu’en fin de cycle ces déchets finissent dans nos assiettes. Même les produits pharmaceutiques ingérés par les humains, mais pas entièrement transformés par notre corps, se retrouvent dans les réseaux trophiques aquatiques et causent les mêmes dégâts.
Les sols meurent.
Les sols se situent au cœur des grands enjeux environnementaux, comme la disponibilité en eau de qualité, la préservation de la biodiversité, la sécurité alimentaire, ou la lutte contre le changement climatique, et ne se renouvellent que très lentement.
En dépit de ce rôle essentiel, les sols subissent sous l’effet des activités humaines des dégradations multiples, telles que l’érosion, la diminution de matière organique, la contamination diffuse et ponctuelle.
L’agriculture, la foresterie, l’industrie, la construction de logements et d’infrastructures, ainsi que les changements d’usage de terre et plus globalement l’artificialisation des sols pour l’habitat et les infrastructures, sont à l’origine de ces dégradations. Malgré leur interdiction depuis les années 1990, des substances issues des transports ou de l’épandage agricole polluent durablement le sol. Ainsi, plus de 90 % des contaminations diffuses par le plomb proviennent du trafic automobile. Le sol des zones de culture ou d’élevage intensifs renferme également des taux élevés de lindane, insecticide ou antiparasitaire, en métropole. La pollution chronique du sol des bananeraies et la contamination des écosystèmes par la chlordécone, un insecticide, affectent entre 20 % et 40 % de la surface agricole utile des Antilles, exposant la population par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés.
En France les pesticides persistants comme le DDT ou la chlordécone, plastiques agricoles et métaux lourds issus des industries s’accumulent, contaminant les organismes et perturbant les écosystèmes. Dans notre pays, 75% des sols sont contaminés par des microplastiques selon l’ADEME. En 2025, plus de 11 200 sites et milieux : zones humides, bords de rivières, littoral, bords de routes, sont répertoriés comme pouvant présenter un risque pour la santé humaine et l’environnement d’après le Ministère en charge de la transition écologique.
Peut-on en imaginer les conséquences ? 40 % des sols sont dégradés dans le monde, et jusqu’à 70 % dans l’Union européenne. Principale responsable : l’agriculture intensive, qui appauvrit les sols en détruisant la matière organique, en les compactant et en déséquilibrant leurs cycles naturels.
L’eau douce naturellement potable disparaît
En 2019, seulement 43,8 % des cours d’eau français étaient en bon état écologique. Un constat préoccupant, dû à une pollution multiforme : microplastiques, résidus de médicaments (antibiotiques, hormones), de biocides, d’hydrocarbures, de polluants organiques persistants, comme les PFAS, et métaux lourds s’accumulent dans les écosystèmes aquatiques, menaçant la biodiversité et la santé humaine. Aussi concernés, les perturbateurs endocriniens qui, même à faible dose, provoquent malformations et troubles reproductifs chez les espèces exposées.
L’azote issu des engrais et les pesticides aggravent la situation : le premier favorise l’eutrophisation des eaux, tandis que les seconds réduisent drastiquement la biodiversité, avec jusqu’à 40 % de macro-invertébrés en moins dans les rivières. Les libellules, bio-indicatrices, en démontrent l’impact : sur 89 espèces en France, 11 sont menacées, 13 quasi menacées et 2 ont déjà disparu d’après l’UICN.
À l’échelle mondiale, 80 % des eaux usées sont rejetées sans traitement, créant des zones hypoxiques et accélérant l’effondrement des écosystèmes.
Les pollutions lumineuses et sonores abîment notre environnement.
Méconnues, elles ont des impacts forts sur la biodiversité, en perturbant le cycle de vie de certaines espèces. Et le peu d’actions mises en place pour les limiter se heurte à l’hostilité des habitants, ce qui éclipse encore plus le sujet.
Le climat s’emballe.
Le monde s’est déjà réchauffé de +1,1° (moyenne terre + eau) depuis l’ère pré-industrielle et les experts envisagent qu’il atteigne +1,5° début 2030. En France, le réchauffement est encore plus rapide et atteint +1,7°. Celà accentue déjà les extrêmes climatiques : sécheresses, méga-feux, canicules, pluies diluviennes, impacts sur la biodiversité, l’agriculture, l’eau.
Les années de données et d’expertise malheureusement ni ne mentent ni ne trompent, les activités humaines sont bien la cause principale du changement climatique rapide observé depuis les 150 dernières années. Nos activités sont génératrices de fortes émissions de gaz à effet de serre, ce qui perturbe le climat. Il s’agit principalement de la production et de la consommation des énergies fossiles : pétrole, charbon et gaz.
Les gaz à effet de serre sont utiles : naturellement contenus dans l’atmosphère, ils aident à réguler le climat. Ils empêchent une large part de l’énergie solaire d’être renvoyée vers l’espace. Sans eux, la température moyenne de la terre serait de -18 °C et la vie n’existerait peut-être même pas. Mais depuis le 19e siècle, cet effet de serre s’est renforcé. L’homme a considérablement accru la quantité de CO2 dans l’atmosphère : production de masse, élevage intensif, déforestation, pollution des transports…. ce qui modifie l’équilibre du climat.
25 vagues de chaleur ont eu lieu en France en 63 ans entre 1947 et 2010, 26 se sont produites depuis 2011, sur les 14 dernières années.
Le défi de la Terre.
Après ne l’avoir considéré pendant des siècles que comme une ressource, depuis quelques dizaines d’années il a été question de protéger, de préserver notre environnement. Certains y ont consacré leur vie, pendant que d’autres consacraient leur vie à le détruire pour leur profit, et que l’immense majorité continuait à vivre sans réellement s’en soucier.
Mais le temps de la protection de l’environnement est révolu.
Préserver, vouloir conserver les éléments en l’état, est désormais insuffisant.
La plupart des espèces qui nous entourent vont, comme nous, subir des mutations climatiques, des pollutions, qui ne leur permettront pas de survivre sans adaptation.
Les pollutions ne vont pas disparaître d’elles-mêmes, nous allons devoir régénérer les sols, leur ramener des qualités disparues, par l’arrêt de certaines pratiques et la mise en place de nouvelles méthodes.
La Redirection écologique comme intention
La redirection écologique est un cadre, à la fois conceptuel et opérationnel, destiné à faire tenir les organisations publiques et privées, ainsi que les infrastructures et instruments de gestion qui les soutiennent dans les limites planétaires. Il s’inspire du concept de « redirection » de Tony Fry, chercheur et designer australien. La redirection a pour ambition de clarifier l’adresse stratégique, les prises techniques et méthodologiques ainsi que les processus politiques et démocratiques permettant de mettre en place une transformation écologique de nos modes de subsistance.
En France, les travaux de Bruno Latour sur l’atterrissage inspirent la redirection. Le concept de redirection écologique est développé à partir de 2017 par trois enseignants-chercheurs de l’ESC Clermont Business School : Alexandre Monnin, philosophe, ancien directeur du Master Strategy & Design for the Anthropocene et membre du comité de mission de « Vingt et un Vingt-deux » , Diego Landivar, enseignant-chercheur au Groupe ESC Clermont et directeur de l’Origens Medialab et Emmanuel Bonnet, spécialisé dans l’AMPHI (Alter-Management, Potentiel Humain et Innovation). Ces chercheurs, ainsi que d’autres, ont contribué à définir la redirection écologique comme un cadre conceptuel et opérationnel pour aligner les organisations et les infrastructures avec les limites planétaires.
La redirection écologique s’installe, petit à petit, dans les esprits, les méthodes, les décisions, en France. Face au réel, de plus en plus d’élus locaux intègrent ce besoin d’une évolution nette des pratiques. Pour le bien de tous.
Vers le sapiens clairvoyant et intelligent
De nombreuses lois existent pour protéger la Terre et nous protéger. Elles existent car des citoyens et des associations se sont emparés de ces questions, et ont forcé le politique à légiférer.
Il n’est nullement question de restreindre nos libertés, ni de retourner à l’âge de pierre, il est question de sortir de 50 000 ans de prédation et de destruction de l’environnement par l’homme, de sortir de notre nature de prédateurs pour avancer vers une nature de sapiens clairvoyant et intelligent.
Ecologie, science et religion partagent leurs visions
La science est un pharmakon, un remède poison, si elle reste dans les mains des prédateurs, elle ouvre des horizons encourageants si elle se met au service de la redirection écologique, de la recherche d’un équilibre entre bien-être et prédation.
Dans Laudato Si, le pape estime que pour « construire une écologie qui nous permette de restaurer tout ce que nous avons détruit », en plus de la science, il est indispensable de faire appel à toutes les formes de sagesse, y compris religieuse, ainsi qu’aux richesses culturelles telles que l’art, la poésie, la spiritualité. Il rappelle que l’Église catholique a produit plusieurs synthèses entre foi et raison. Il veut montrer comment les convictions de foi des chrétiens leur offrent de grandes motivations pour la protection de la nature et des frères et sœurs les plus fragiles. Même si « cette Encyclique s’ouvre au dialogue avec tous pour chercher ensemble des chemins de libération » il ajoute que « les chrétiens savent que leurs devoirs à l’intérieur de la création et leurs devoirs à l’égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi »
Science et religion peuvent s’accorder, enfin, pour aller vers le meilleur.
Prendre soin les uns des autres.
La faim du monde reste insupportable
Jean Ziegler, né en Suisse en 1934, a été rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation. Dans sa préface de son livre « la faim dans le monde expliquée à mon fils », l’auteur commence par la description de l’agonie d’un enfant qui meurt de faim. 42 % de la population mondiale vivent à la campagne et c’est essentiellement parmi les plus pauvres d’entre eux, les 500 millions de travailleurs migrants, sans terre, que la faim fait des ravages, sans oublier le milliard d’êtres humains qui sont gravement sous-alimentés.
Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim, alors que le rapport de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) indique que l’agriculture mondiale pourrait aujourd’hui nourrir 12 milliards d’êtres humains. Jean Ziegler dénonce les responsables de ce « crime contre l’humanité » : le dumping agricole pratiqué par les pays riches subventionnés au détriment des paysanneries du Sud non subventionnées, la spéculation boursière sur les aliments de base, la destruction de la nourriture par les fabricants d’agrocarburants et le pillage dans les pays les plus pauvres des terres arables par les prédateurs du capital financier.
Soudan, Gaza, Myanmar, Syrie, Burkina Faso, Mali, Niger, Togo, la liste est longue des pays en crise humanitaire profonde. Le Programme Alimentaire Mondial, créé par l’ONU, prix Nobel de la paix en 2020, intervient dans plus de 120 pays et territoires, a fourni une aide à 152 millions de personnes en 2023.
Les guerres s’intensifient
C’est un triste record qui a été battu, révèle une étude norvégienne publiée mercredi 11 juin 2025 : la planète a connu en 2024 le nombre de conflits armés le plus élevé depuis 1946, détrônant 2023, qui était déjà une année record. L’an passé, selon le rapport réalisé par l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, 61 conflits ont été enregistrés dans le monde, répartis entre 36 pays, certains étant déchirés par plusieurs conflits simultanément. 2024 détrône ainsi 2023, déjà une année record avec 59 conflits répartis dans 34 pays.
« Le monde est bien plus violent »
Pourquoi une telle escalade ? « Ce n’est pas simplement un pic, c’est un changement structurel. Le monde aujourd’hui est bien plus violent et bien plus fragmenté qu’il ne l’était il y a dix ans », a commenté Siri Aas Rustad, rédactrice principale du rapport qui observe les tendances sur la période 1946-2024.
Les violences perdurent
Dans un monde désormais avide de réagir, pour exister, où pour cracher sa haine, avec indignation, au moindre fait divers, les violences entre personnes sont devenues un phénomène de show médiatique. En 40 ans la société est passée de « on ne parle pas de ces choses-là » à une exposition permanente aux réseaux dits sociaux qui de fait le sont de moins en moins, sociaux. Ils sont devenus des lieux ou se banalise, se développent via des mises en scène inimaginables la haine, le rejet, la chosification des personnes et des communautés.
Les violences sexistes, les violences intrafamiliales, le viol, le harcèlement, le cyber-harcèlement, les coups et blessures, les violences verbales, les violences psychologiques, les violences au travail, les violences économiques, ne diminuent pas. Et il y a prédominance nette des femmes parmi les victimes.
Oui, nous devons limiter la liberté d’expression sur les réseaux, oui, nous devons stopper la montée de la haine et de la violence par tous les moyens, pour protéger nos enfants, pour protéger notre vivre ensemble, pour protéger notre avenir commun.
La corruption gagne du terrain
« La corruption est une menace mondiale en constante évolution qui ne se contente pas de saper le développement, loin de là : c’est une cause essentielle du déclin de la démocratie, de l’instabilité et des violations des droits humains. La communauté internationale et chaque nation doivent faire de la lutte contre la corruption une priorité absolue à long terme, écrit François Valérian, président de Transparency International.
« Plus de 1 600 lobbyistes des énergies fossiles ont été autorisés à participer à la COP30. Dévoilé le 14 novembre à l’aube, ce chiffre témoigne une nouvelle fois du poids écrasant de l’industrie des hydrocarbures dans les négociations climatiques internationales. Ces émissaires « sont nettement plus nombreux que presque toutes les délégations nationales », excepté celle du Brésil — pays hôte —, déplore la coalition d’ONG Kick Big Polluters Out à l’origine du décompte ».
Pour qui regarde les grands accords internationaux, les grandes décisions nationales, il est alarmant de voir le poids de la corruption masquée en novlangue sous le terme de lobbying.
Sur l’analyse globale de la corruption, les scores de l’IPC (100= pas de corruption) sont de 90 pour le Danemark, la Finlande et Singapour, démontrant que cela est possible….pendant que la France voit son score s’effondrer à 67, score le plus bas jamais enregistré depuis la création de l’IPC en 1995.
S’entraider
Tocqueville fut le premier, au XIXe siècle, à voir dans la reconnaissance de la liberté d’association un élément fondamental de la modernité en même temps que de la construction démocratique. Au travers de l’expression citoyenne qu’elle concrétise autant que par ses liens avec d’autres libertés essentielles (de réunion, d’expression, religieuse, politique, économique, sociale…), son degré réel d’exercice fait toujours office, deux siècles plus tard, de butte témoin de l’état de la société civile d’un pays comme de la nature profonde de son système politique. Qu’il s’agisse de régimes dictatoriaux ou autoritaires, auxquels on pense en priorité. Mais aussi de certaines démocraties.
En France l’Assemblée constituante consacre pour la première fois le droit d’association, par la loi du 21 août 1790 reconnaissant aux citoyens le droit de s’assembler et de former entre eux des sociétés libres.
En 2025, sur les 1,3 millions d’associations actives en France, 25% ont pour objet l’action humanitaire et caritative, l’hébergement social, l’aide médico-sociale, la santé, la défense de causes, de droits, d’intérêts. Près de 2000 associations sont reconnues d’utilité publique. Pour qui souhaite participer au vivre-ensemble, le choix est donc vaste.
Le débat sur la réduction des déficits publics, mis à l’agenda en 2024, a révélé les mutations des aides publiques. Les associations ont longtemps été considérées comme une économie subventionnée. Or, non seulement la part des subventions publiques dans les ressources budgétaires des associations a baissé de 34 % à 20 % entre 2005 et 2020 au profit des recettes d’activité (vente de produits ou de services), mais en plus l’État préfère largement soutenir les entreprises que les associations au nom de la compétitivité : l’économie sociale et solidaire (ESS), au sein de laquelle les associations concentrent la grande majorité des emplois et des ressources publiques, ne reçoit que 7 % des aides publiques aux entreprises alors qu’elle représente 13,7 % des emplois privés. Ces orientations sont, de plus, porteuses d’iniquités de traitement. Le crédit d’impôt recherche (CIR), qui a financé à hauteur de 7,6 milliards d’euros la recherche et développement en 2024, exclut l’innovation sociale et, avec elle, les associations.
L’état change également le rapport des associations avec les pouvoirs publics. Elles sont mises en concurrence avec des entreprises privées lucratives – ce qui a, par exemple, été à l’origine du scandale d’Orpea – et doivent, en plus, exécuter un marché plutôt que proposer des projets. D’autre part, la marchandisation de leurs ressources leur fait courir le risque de perdre leur caractère d’intérêt général, en étant soumises aux impôts commerciaux et en n’accédant plus aux dons défiscalisables, au détriment de leurs missions sociales. Jusqu’où ira cette destruction du monde associatif et des emplois liés ?
Un plan social imposé aux associations.
Aujourd’hui, l’État impose un véritable plan social au monde associatif. Dans le contexte de réduction des déficits publics, pour lesquels les gouvernements successifs portent une lourde responsabilité, les coupes budgétaires s’appliquent d’abord aux associations. L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) a chiffré à 8,26 milliards d’euros les économies budgétaires impactant l’ESS lors du projet de loi de finances 2025. Les effets de ces décisions sont immédiats. Selon une enquête réalisée auprès de 5 557 dirigeants associatifs, près d’un tiers des associations ont une trésorerie inférieure à trois mois et 45 % des subventions sont en baisse. Près d’un tiers des associations envisagent de réduire leurs effectifs et de diminuer leurs activités.
Alors que les associations représentent 1,8 million de salariés et que l’emploi associatif se caractérise par une prévalence du temps partiel et des contrats précaires ainsi que par des salaires plus bas, ces informations qui remontent du terrain inquiètent. Elles le sont d’autant plus que la baisse tendancielle des participations bénévoles est plus marquée dans les associations employeuses de l’humanitaire, du social et de la santé, qui concentrent la majorité des emplois.
Atteintes aux libertés publiques.
À ces politiques d’austérité, il faut ajouter des atteintes aux libertés publiques. Elles s’inscrivent dans un contexte de défiance, illustré par la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, qui a instauré le contrat d’engagement républicain (CER) auquel doivent souscrire les associations qui veulent obtenir un agrément de l’État ou une subvention publique, ou encore accueillir un jeune en service civique.
Dans les défis de 2026, il y a celui, trop peu compris et débattu, de garantir la liberté et les moyens du monde associatif, acteur majeur du vivre mieux ensemble.
Moi, nous…
Pour de très nombreux observateurs, la montée de l’individualisme est une évidence. Dans les sociétés développées, chacun serait avant tout préoccupé par la satisfaction de ses intérêts personnels et agirait avec cette constante préoccupation. On ne penserait qu’à soi, qu’à son bien-être et à son épanouissement. Le sens des appartenances collectives et les engagements au service de son pays, de son groupe social, de personnes défavorisées seraient en déshérence. Et beaucoup considèrent que cette montée de l’individualisme serait due au développement d’un processus d’individualisation. C’est parce que se sont développés et continuent à se répandre des idéaux d’autonomie des individus, chacun voulant définir lui-même ce qui fait sens pour lui sans avoir à suivre les instructions et les normes que la société et les institutions lui imposeraient, que ceux-ci perdraient le sens du collectif et ne penseraient plus qu’à leurs intérêts privés.
C’est en fait l’idée que défendait déjà Tocqueville en 1840. La volonté d’autonomie des individus dans les sociétés démocratiques et l’oubli de la dimension collective de l’existence conduirait assez inexorablement vers l’égoïsme, « un amour passionné et exagéré de soi-même ». La situation de sujet soumis aux autorités, évidente dans des sociétés aristocratiques, tend à être remplacée par un régime d’autonomie individuelle de citoyens égaux en droits. L’individualisme ne pourrait donc que progresser avec le développement de l’esprit démocratique…Devrons nous retourner vers les régimes autoritaires pour mieux vivre ensemble ?
La construction du Nous qui a longtemps été assez stable et mécanique, via la famille, le lieu de vie, le travail, la religion semble migrer vers l’hétérogénéité et l’impermanence. La plupart des formes stables sont en repli, et émergent des communautés éphémères, virales, auxquelles adhèrent des millions de personnes en un clic, au vu de deux vidéos de trois minutes.
Je ne peux que constater la pertinence de Guy Debord sur sa “Société du spectacle” quand les individus deviennent spectateurs de leur propre existence. La maladie du selfie, de la “société de consommation de soi”, des comptes Instagram où des millions de personnes publient tous les jours l’unique centre d’intérêt qu’est leur petite personne, sur des mosaïques de centaines ou de milliers de clichés similaires. Filmer un incendie qui se déclenche, se filmer au milieu de l’incendie qui se déclenche. Une caricature ? Non, chacun trouvera sur les réseaux des personnes filmant en riant un début d’incendie, et plutôt que de tenter de le circonscrire ou de s’enfuir ils filment et se filment. D’autres sont morts pour s’être mis en scène dehors lors d’un ouragan…
Des « influenceurs » guident aujourd’hui le monde. Avec 332 millions d’utilisateurs d’Instagram et 367 millions de personnes utilisant leur compte Facebook, l’Inde est en 2023 le pays qui utilise le plus les réseaux sociaux selon DataReportal. Des chiffres impressionnants qui servent cependant aux politiciens du pays : alors que les élections générales doivent se tenir en avril 2024 dans la plus grande démocratie du monde, des centaines d’influenceurs ont été payés pour influencer le résultat du scrutin.
En 2025 lors d’élections au Canada, les chercheurs précisent avoir recensé 1097 influenceurs et collecté 4,1 millions de leurs publications entre janvier 2024 et juillet 2025 sur cinq plateformes de médias sociaux. Durant cette période, les politiciens ont publié 1,1 million de messages, tandis que les médias en ont publié 2,8 millions. « On peut affirmer que les Canadiens connectés sont plus susceptibles de voir une opinion politique exprimée par un influenceur politique que par un politicien, par exemple », a dit Zeynep Pehlivan, responsable du suivi numérique à l’Observatoire de l’écosystème médiatique. On comprend mieux au vu de ces données l’intérêt des milliardaires qui souhaitent peser sur le débat démocratique pour les médias et plateformes de réseaux.
La violence numérique est l’une des formes d’abus qui se développent le plus rapidement et elle pousse les femmes à se déconnecter. Qu’il s’agisse de trolling, de stalking, de deepfakes ou de doxing, des millions de femmes et de jeunes filles sont victimes de harcèlement chaque année. Environ six milliards de personnes utilisent l’internet dans le monde, et 280 millions d’hommes de plus que de femmes se sont connectés cette année, selon l’Union internationale des télécommunications, l’agence des Nations unies spécialisée dans les technologies numériques.
Selon les Nations unies, les femmes, les filles et les personnes qui ne se conforment pas au genre risquent davantage d’être prises pour cible et de subir des conséquences plus graves et plus durables en raison de leur sexe. Des études menées dans le monde entier montrent que jusqu’à 58 % des femmes et des filles ont été la cible de violences en ligne, selon ONU Femmes.
En France, les discours de haine à l’encontre des femmes se multiplient, tout comme les atteintes à leurs droits. Face à ces mouvements extrêmes, alimentés par des contenus masculinistes relayés en masse sur les réseaux sociaux, la délégation aux droits des femmes du Sénat tente de décrypter les moyens de réponse disponibles, pour endiguer ce phénomène et constate : les atteintes aux droits des femmes se multiplient, trouvent leur traduction dans la montée en puissance de certains hommes et partis politiques, à l’instar de Donald Trump réélu en janvier et de Javier Milei sorti victorieux des dernières élections législatives argentines, et s’installent dans la sphère médiatique. Un essor favorisé par des personnalités comme Elon Musk. « Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme ». De forums obscurs à des comptes réunissant plusieurs centaines de milliers d’abonnés, « on apprend aux hommes à être dominants dans toutes les situations possibles, notamment dans leur sexualité ». “Les réseaux sociaux sont des horizons de violences qu’on n’arrive pas à réguler à temps », s’alarme la chercheuse Cécile Simmons. « Dans la régulation des big tech, il y a un rapport de force à installer », insiste Lucie Daniel, experte plaidoyer au sein de l’association Equipop. Cela passe par la législation européenne, « pour faire front sur le plan numérique transnational contre les plateformes qui contestent le Digital Act Service », et contre les États-Unis, « cet éléphant dans la pièce qui protège les enjeux économiques de ses entreprises ».
…
Comment se définiront les « nous » de demain, quel chemin devons-nous parcourir pour ne pas nous rendre dépendants d’influenceurs et manipulateurs de toutes formes, pour ne pas basculer dans le rejet, la haine de l’autre qui diffère de nous uniquement par son origine, sa couleur de peau, son genre, son âge ?
Ai-je envie de haine ou de convivialité ?
Le chemin de 2026 sera pour moi convivialiste
Le Convivialisme est une philosophie de l’art de vivre ensemble.
Pourquoi le convivialisme ?
Parce que le monde part à la dérive et qu’aucune action collective visant à y remédier ne peut aboutir si tous ceux qui s’y engagent ne sont pas animés par un ensemble de valeurs communes clairement partagées.
Les doctrines politiques héritées (libéralisme, socialisme, communisme, anarchisme) ne sont plus des guides suffisants aujourd’hui parce qu’elles ne nous disent rien de décisif ni sur la finitude des ressources naturelles, ni sur la mondialité et la pluralité des cultures, ni, enfin, sur la bonne manière de juguler l’aspiration infantile à la toute-puissance (ce que les Grecs anciens appelaient l’hubris) inhérente au désir humain.
Il nous faut donc innover.
Abrégé de convivialisme
Le convivialisme, philosophie politique de la vie en commun (de la convivance), de l’art de coopérer en s’opposant sans s’entretuer, explicite les valeurs ultimes qui animent tous ceux, de provenances idéologiques très diverses, qui ne se résignent à abandonner la maîtrise, et donc la survie du monde, ni aux chantres de la globalisation néolibérale, ni aux prophètes d’un nationalisme fascisant (les deux allant parfois, voire souvent de pair).
Les premiers, qui œuvrent à l’extension planétaire d’un capitalisme rentier et spéculatif, aspirent à la toute-puissance économique, à toujours plus de richesse. Ils saccagent la planète.
Les seconds mobilisent le désir de toute-puissance politique et identitaire. Ils secrètent la haine et les pulsions meurtrières.
Cinq principes + un impératif catégorique
Les personnalités intellectuelles, associatives et politiques (300 de 33 pays différents) qui ont co-signé le Second manifeste convivialiste se sont accordées sur cinq principes et un impératif catégorique :
- Le principe de commune naturalité affirme que nous ne sommes pas « maîtres et possesseurs de la nature » mais faisons destin commun avec elle. Il est au cœur de la pensée écologique.
- Le principe de commune humanité condamne toutes les discriminations, de sexe, de couleur de peau, de croyance ou de religion.
- Le principe de commune socialité affirme que la richesse pour les humains est d’abord celle de leurs rapports sociaux.
- Le principe de légitime individuation pose que la motivation première des humains est la quête de reconnaissance.
- Le principe d’opposition créatrice est celui qui animait le premier libéralisme. C’est lui qui a permis d’en finir avec les monarchies absolutistes et avec les despotismes.
- Ces cinq principes doivent être tempérés et équilibrés les uns par les autres, dans le respect premier de l’impératif catégorique de lutte contre l’hubris, contre la folie des grandeurs.
Quatre implications politiques minimales
De ces cinq principes et de cet impératif découlent quatre orientations générales minimales pour une politique inspirée du convivialisme :
– Viser à l’horizon 2040-2050 un objectif écologique triple zéro : zéro émission nette de gaz à effet de serre ; zéro consommation d’énergies fossiles ; zéro déchets hautement toxiques et à risques majeurs.
– Mener une lutte résolue en faveur d’une réduction significative des inégalités. Ce qui implique l’instauration inconditionnelle d’un revenu minimum et la fixation tendancielle d’un plafond de revenu et de patrimoine, aussi élevé puisse-t-il être, dès lors que leur montant serait majoritairement perçu comme moralement (ou socialement) inacceptable.
– Redonner vie à l’idéal démocratique en articulant systématiquement démocratie représentative parlementaire, démocratie d’opinion et démocratie directe et participative (via des conférences de citoyens et des référendums d’initiative citoyenne, et en instaurant une démocratie effective dans l’entreprise.
– Promouvoir un universalisme pluriel (un « pluriversalisme ») qui permette aux différentes, cultures, religions ou philosophies de dialoguer en s’opposant sans s’entretuer.

En 2026, je renouvelle mes adhésions et ma confiance :
au milieu associatif : les Convivialistes, Golfe du Morbihan en Transition, Eaux du Golfe, Adaptation Radicale France, le Jeu de l’Entraide, Greenpeace France, la Ligue des droits de l’homme, Orange DiHoxyn, Associations Initiatives Dionysiennes, Au delà du regard, The Shifters, le Budget participatif, Berder ensemble, Climactions Bretagne, les Enfants d’Anakao,
au syndicalisme : le Printemps écologique,
à la Fédération française de randonnée, mon oxygène !
à l’entreprenariat convivial et de proximité : les Pépites du Golfe,
à l’ESS, aux tiers lieux bretons via Bretagne Tiers-lieux, et alréens via la FABrique du Loch, l’Uzinou, l’Argonaute, la Cabanatous.
à l’entreprenariat écologique via Time for the planet, Energie solidaire

