Les versions de la création du monde, les philosophies, les religions, c’est passionnant…

En Inde
Il y a dans la philosophie indienne (le terme philosophie est à entendre dans un sens différent du mot philosophie en occident), plusieurs écoles ou courants.
Inde et occident.
Les philosophies indienne et occidentale diffèrent principalement par leur finalité : l’indienne cherche la libération spirituelle (moksha) et l’unité, tandis que l’occidentale privilégie la rationalité, l’analyse critique et la connaissance théorique.
La première est une pratique de vie intégrée à la spiritualité, quand la seconde est souvent une discipline intellectuelle autonome.
La question de l’origine de l’univers occupe une place centrale dans les philosophies indiennes, mais elle y est posée d’une manière très différente de la tradition occidentale classique. Là où la pensée occidentale a souvent cherché un commencement absolu du monde, plusieurs courants indiens préfèrent penser le cosmos comme une manifestation, une évolution ou un cycle.
Autrement exprimé, dans la philosophie indienne, la question de l’origine de l’univers n’est presque jamais posée en termes de création absolue à partir du néant. La plupart des courants la pensent plutôt comme un passage, un déploiement ou une manifestation du réel. Autrement dit, le monde n’est pas simplement “fabriqué” : il apparaît, se différencie et se transforme à partir d’un fond plus profond que lui.
Les premiers Védas, les plus anciennes écritures indiennes, datent d’environ 1500 av-JC, et les upanishads, les premiers récits philosophiques très structurés, de -900 av JC.
En Europe, à cette époque, nous sommes dans le culte du Soleil et des Astres : Les croyances sont dominées par l’observation des cycles solaires et lunaires.
Des objets comme le Disque de Nebra (daté d’environ 1600 av. J.-C. en Allemagne) montrent une connaissance astronomique avancée, utilisée probablement pour des rituels agricoles ou de fertilité. Les peuples vénèrent des divinités liées aux éléments : le tonnerre, la terre, les forêts, les rivières et les sources, considérés comme des lieux sacrés. La mort est marquée par des rites complexes, incluant des tumulus et l’inhumation avec des objets
En Inde, dans les traditions les plus anciennes du Védisme puis du brahmanisme, on rencontre plusieurs récits cosmiques. Certains évoquent une matrice primordiale, d’autres un œuf cosmique, d’autres encore une puissance ordonnatrice qui met en forme ce qui n’est pas encore organisé. Mais l’idée importante est que la création n’est pas toujours pensée comme un acte unique et extérieur. Le monde surgit plutôt d’un état latent, comme si l’univers existait déjà en puissance avant d’exister en forme.
Les Upanishads donnent à cette intuition une forme plus philosophique. Elles placent au cœur de tout le Brahman, principe absolu, infini et sans dualité. L’univers n’est alors qu’une expression de cette réalité ultime. Le multiple vient de l’un, mais sans que l’un cesse d’être lui-même. La création devient ainsi un problème de manifestation : comment l’unité se donne-t-elle en une pluralité de formes, d’êtres et de phénomènes ? Le monde sensible est réel, mais il n’est pas ultime ; il dépend d’un fond qui le dépasse.
Le système du Sāṃkhya propose une autre explication, très influente. Il distingue Purusha, la conscience pure, et Prakriti, la nature primordiale. Purusha n’agit pas comme un dieu créateur ; il est plutôt le témoin, la présence consciente. Prakriti, elle, contient en elle-même la possibilité de toute évolution. Lorsque ses trois qualités fondamentales, les gunas — clarté, activité et inertie — se déséquilibrent, le monde commence à se différencier. De la nature surgissent successivement l’intellect, l’ego, les sens, les éléments subtils puis les éléments grossiers. Ici, la création est une évolution interne de la nature, rendue possible par la présence de la conscience, non un geste arbitraire de création ex nihilo.
Dans les écoles plus réalistes comme le Nyāya et le Vaiśeṣika, l’univers est pensé à partir de la causalité, des substances et des atomes. Le monde est composé, structuré, ordonné. Cette approche est moins mythique et plus analytique. Elle insiste sur la façon dont les choses se combinent, se séparent et produisent des effets. L’idée d’un créateur peut exister, mais ce qui domine est l’idée d’un cosmos intelligible, régi par des relations de cause à effet. Là encore, le monde n’est pas conçu comme un pur surgissement hors de rien ; il est la résultante d’une composition rationnelle.
Le bouddhisme radicalise encore la critique d’un commencement absolu. Il ne cherche pas l’origine première du monde, mais montre que tous les phénomènes naissent en dépendance les uns des autres. C’est ce qu’on appelle l’origine conditionnée : rien n’existe par soi-même, rien ne possède d’essence autonome. L’univers n’a pas besoin d’un créateur initial, parce qu’il est un réseau de causes, de conditions et d’interdépendances. Cette pensée décentre radicalement la question : au lieu de demander “qui a créé le monde ?”, elle demande “comment les choses apparaissent-elles lorsqu’elles sont liées entre elles ?”. La réponse n’est pas une cause première, mais une structure relationnelle.
Le jaïnisme adopte une autre position forte : l’univers est éternel. Il n’a ni commencement ni fin absolue. Il traverse des cycles de montée et de déclin, d’expansion et de contraction, mais il ne provient pas d’une création initiale. Cette vision enlève à l’origine son caractère décisif. Ce qui importe n’est plus un début unique, mais l’ordre cyclique du cosmos et la place de l’âme dans ce vaste mouvement.
Si l’on prend du recul, on peut dire que la philosophie indienne propose plusieurs manières de penser l’univers, mais qu’elles partagent souvent une intuition commune : le monde visible n’est pas la réalité ultime. Il est soit l’expression d’un principe absolu, soit le produit d’une nature primordiale, soit le résultat d’un enchaînement de causes, soit une structure éternelle en transformation. La création n’est donc pas toujours un événement ponctuel ; elle est souvent comprise comme une genèse continue.
C’est ce qui donne à ces traditions une profondeur particulière. Elles ne cherchent pas seulement à raconter comment tout a commencé, mais à comprendre ce que signifie apparaître. Le problème n’est pas simplement l’origine chronologique de l’univers, mais son statut ontologique : qu’est-ce qu’un monde ? D’où vient la multiplicité ? Pourquoi y a-t-il des formes, des êtres, du changement, de l’expérience ? La philosophie indienne répond souvent en montrant que le monde est à la fois réel et relatif, manifesté et dépendant, ordonné et transitoire.
En ce sens, parler de création dans la pensée indienne demande de nuancer fortement le mot. Ce n’est pas toujours une création au sens d’un commencement absolu, mais plutôt une auto-manifestation du réel, une évolution de la nature, ou un enchevêtrement sans origine première. Le cosmos y est moins un objet fabriqué qu’un processus vivant de déploiement.




Une variante occidentale qui démarre à l’âge de Bronze : les pays nordiques
La mythologie nordique (ou scandinave) regroupe les croyances, récits et pratiques religieuses des anciens peuples de Scandinavie — Danois, Norvégiens, Suédois et Islandais — avant leur christianisation. Elle a structuré la culture spirituelle et symbolique de l’ère viking (env. 790–1100) et influence encore la culture populaire contemporaine.
Origine : Traditions orales germaniques et scandinaves, âge du bronze à 1100 EC.
Sources principales : Edda poétique, Edda en prose.
Panthéon : Deux familles divines : les Ases (guerre, souveraineté) et les Vanes (fertilité).
Structure cosmique : Neuf mondes reliés par l’arbre Yggdrasil.
Mythe final : Ragnarök, destruction et renaissance du cosmos.
Cosmologie et création : le monde naît de la rencontre entre les royaumes glacé Niflheim et ardent Muspelheim. Le géant Ymir, formé de leur fusion, est tué par les premiers dieux — Odin, Vili et Vé — qui façonnent la Terre à partir de son corps. L’univers se déploie en neuf royaumes autour d’Yggdrasil, le frêne cosmique reliant dieux, hommes et géants.
Dieux et déesses. Le panthéon comprend notamment :
Odin, dieu suprême de la sagesse et de la guerre ; Thor, dieu du tonnerre et protecteur d’Asgard ; Freyja, déesse de l’amour et de la fertilité ; Loki, dieu du chaos et de la ruse. Les Vanes — comme Njörd, Freyr et Freyja — symbolisent prospérité et fécondité, tandis que les Ases incarnent puissance guerrière et ordre social.
Sociétés et pratiques vikings : la mythologie imprégnait la vie quotidienne des Scandinaves, sans distinction claire entre religion et coutume. Le mot síður (« coutume ») désigne ce rapport rituel aux dieux. Des lieux sacrés comme Uppsala auraient accueilli sacrifices et festivals communautaires. Ces récits justifiaient les valeurs de bravoure, d’honneur et de loyauté propres à la société viking.
D’abord orale, la tradition a été consignée en Islande au XIIIᵉ siècle. Les Eddas et sagas ont permis la redécouverte érudite du Nord ancien
Chez les Aborigènes d’Australie, la création du monde est toujours en cours
On n’est pas du tout dans une “création” au sens classique. C’est beaucoup plus vivant, plus poétique… et surtout toujours en cours.
Le cœur de leur vision est le “Temps du Rêve” qui est à la fois le temps des origines et une réalité toujours présente
Au début, la terre est plate, sombre, silencieuse. Puis arrivent des êtres ancestraux — souvent mi-humains, mi-animaux comme le Serpent Arc-en-ciel, des esprits animaux (kangourous, émeus, etc.)
En se déplaçant, ils créent littéralement le monde : ils creusent les rivières, ils forment les montagnes, ils donnent vie aux plantes et aux humains
La création passe souvent par le chant. Les ancêtres chantent le monde, et ce chant le fait exister. Ces chants deviennent des “chemins”.
Suivre un chant, c’est suivre le chemin de la création. C’est presque une quête intérieure autant qu’un trajet physique : des chemins invisibles à travers le territoire, tracés par les ancêtres lors de la création, mémorisés et transmis par des chants jusqu’à aujourd’hui.
Une quête, mais pas “individuelle” comme chez nous, quand quelqu’un suit un de ces chemins, il marche dans les traces des ancêtres, il rejoue la création du monde, il se relie à un lieu, une histoire, un clan. Ce n’est pas “trouver qui je suis” au sens occidental. C’est plutôt : retrouver sa place dans le monde
Le chemin n’est pas juste géographique. Chaque portion du territoire correspond à un chant. Si tu connais le chant, tu peux suivre le chemin
Dans certaines traditions, suivre ces chemins fait partie de rites de passage :
- apprendre les histoires sacrées
- traverser des lieux importants
- comprendre les liens entre humains, animaux, paysages
C’est une vraie transformation intérieure, mais toujours liée au collectif.
Suivre un chemin du Temps du Rêve, c’est marcher, chanter et vivre la création du monde en direct.
Contrairement à beaucoup d’autres visions, pour les Aborigènes le monde n’est pas “terminé”, il continue d’exister et de se transformer grâce aux rituels, aux récits, aux chants


